Les pratiques

Dresser la liste exhaustive des différents usages du sport au travail est une gageure tant la palette des activités proposées ainsi que les modalités de pratiques sont variées. Certaines entreprises contraignent leurs salariés à participer à des activités intensives comme c’est parfois le cas dans des stages de team building. D’autres proposent plus sobrement des activités douces à la discrétion de chacun ou intègrent le sport sous une toute autre forme : un ancien sportif émérite, devenu conférencier, vient raconter son expérience du haut niveau et bâtir des passerelles entre sport et entreprise. Nonobstant cette diversité des usages, on peut identifier quelques indicateurs permettant de repérer et distinguer les pratiques les plus couramment utilisées. En dressant un inventaire des principaux usages et en les classant selon différents critères (interne/externe, symbolique/pratique), on parvient à modéliser l’espace des offres sportives telles qu’elles sont proposées de nos jours en France.

L'espace des offres sportives dans l'univers du travail

SYMBOLIQUE

1

Interventions de conférenciers sportifs

9

Recrutement sportifs haut niveau

INTERNE

PRATIQUE

Relais interne d'une action de sponsoring

(activation)

Sport virtuel d'entreprise

Pratique libre auto-organisée

Structure sportive

intégrée

Association sportive d'entreprise

Événement

intra-entreprises

Stage outdoor

Incentive

Team building

Événement interentreprises

Challenge

étudiants 

vs entreprises

Financement CE

Chèque-sport

Coupon sport

2

3

4

5

6

7

8

1

1

0

1

1

2

EXTERNE

 
1#
Interventions de conférenciers

 

La logique est simple : une entreprise se paye la venue d'une personnalité du monde du sport (souvent un ancien athlète ou entraîneur qui a bénéficié d'un fort éclairage médiatique) pour qu'il bâtisse des passerelles entre les univers du sport et de l'entreprise. Pour qu'il délivre des messages qu'un DG ou un DRH a parfois du mal à faire passer. La demande est telle que certains en ont fait leur métier : c'est le cas de Stéphane Diagana, d'Edgar Grospiron ou encore de Daniel Costantini (il aurait fait plus de 500 conférences depuis 1996).

En principe, ces conférences s'organisent autour de la mise en récit, parfois de manière chronologique, des expériences sportives vécues par le conférencier en question. Bien souvent, une question triviale sert de fil conducteur : "comment accéder à la performance ?". D'autres thématiques récurrentes peuvent être mentionnées : "gagner dans un environnement instable et concurrentiel", "conduire une équipe à la vistoire", "gérer le stress", "rebondir suite à un échec", etc. 

Souvent, l'idée est d'inculquer aux membres de l'auditoire un corpus de valeurs qui tournent autour : 1/ des points de convergence entre sport et entreprise dans une logique de rendement et de productivité ; 2/ des valeurs relatives à la sociabilité par le sport et 3/ les savoir-être et savoir faire permis par l'activité sportive.

2#
Relais interne action sponsoring

 

Lorsque les grandes entreprises mènent des opérations de sponsoring (donc de communication externe), elles relaient très souvent leur partenariat en interne, auprès de leurs salariés. C'est d'abord un bon moyen de justifier du bienfondé de l'opération de communication mais aussi une manière d'associer les collaborateurs et de les motiver en créant, par exemple, des jeux concours.

A titre d'exemple, la société Somfy a organisé, dans le cadre de son partenariat avec le CNOSF pour les Jeux Olympiques de Londres 2012, un concours photos à destination des 1600 salariés de leurs sites français ; il s'agissait pour eux de se faire prendre en photo dans une "posture olympique" en mimant une scène sportive à l'aide d'un accessoire Somfy. Une exposition leur a permis d'observer les différentes photos puis de voter pour les plus originales, permettant ainsi à quelques heureux élus de bénéficier d'un séjour (payé par l'entreprise) à Londres durant la quinzaine olympique.

Sport entreprise

Source : L'Équipe, 10 janvier 2013, p. 12

Photo : Somfy (Sport Stratégies, n°324, janvier 2013)

3#
Sport virtuel d'entreprise

 

« Sans bouger de votre siège, Kim, une superbe prof de fitness, va vous aider à entretenir votre forme grâce à quelques exercices dont elle seule a le secret » : la présentation du logiciel fit@work, littéralement « gym de bureau », expose le principe d’un usage atypique de la pratique sportive en entreprise. C'était l'époque où le DVD se substituait (presque) à la salle de remise en forme !

C'était en 2001. Une éternité. Depuis, le sport au travail s'est digitalisé. Sous l'impulsion de start-ups (notamment incubées par Le Tremplin de Paris&Co), il s'est invité sous la forme de challenges connectés qui permettent de brasser une population élargie de collaborateurs.

Le e-sport fait également une apparition remarquée depuis 2016. La société VoyagesSNCF.com a été jusqu'à créer une "Team Loco" : 17 joueurs (dont 2 joueuses), de l’ingénieur au conducteur de train s'adonnent, en dehors de leurs heures de travail, dans une gaming room dédiée, à différents jeux (LOL, FIFA...). Plus que jamais, le sport en entreprise va poursuivre sa mutation et continuer cette phase de gamification. D'autres teams composées de collaborateurs qui troquent ballons et crampons contre consoles et manettes devraient voir le jour. D'ailleurs, la FFSE lance, en 2018, un championnat de e-sport en entreprise.

 
4#
Structure sportive intégrée

 

Dans les grandes entreprises, la construction d’infrastructures sportives en accès libre au sein de l’établissement de travail semble être une tendance forte pour ne pas dire une obligation tacite. Dans un marché interne où le recrutement de cadres à hauts potentiels fait l’objet d’une réelle concurrence, il importe de se positionner comme une entreprise attractive offrant une diversité de services. Un « espace forme » apparaît souvent comme une réponse consensuelle aux besoins revendiqués par ces derniers.

La configuration la plus usitée est celle qui consiste à disposer d’un espace forme où quelques machines destinées à la musculation et aux exercices d’endurance (type cardio-training) jouxtent une salle polyvalente propice à la tenue de cours collectifs (gym, step, danse…). À Paris, les sociétés Aventis, Axa, Bouygues, Danone, Fiat, General Electric, Gillette, L’Oréal, Microsoft, Thomson ou encore Vivendi sont dans ce cas de figure. Certaines, comme celle de l’opérateur SFR, n’ont pas grand-chose à envier aux clubs de fitness qui ont pignon sur rue.

Notons enfin que la plupart des sièges sociaux de grandes entreprises intègrent d'autres structures imposantes comme une piscine (Total, PSA Peugeot-Citroën), des salles de squash (Apple) ou encore un dojo (Technocentre de Renault).

La salle de fitness du siège d'Adidas International

5#
Pratique libre auto-organisée

 

C'est la plus difficile à quantifier. Pourtant, ce n'est pas la moins représentée... La pratique sportive dite "libre" en entreprise est celle de salariés qui s'organisent entre eux, indépendamment de l'offre proposée par l'entreprise. C'est celle des coups de fil passés entre collègues-amis pour se confirmer que, demain, ils vont se retrouver comme d'habitude à 12h devant le bâtiment de travail pour aller à la piscine ou au centre de footsal du coin.

Restreintes aux activités ne nécessitant pas particulièrement d’infrastructures (course à pied vs rugby), les pratiques concernées sont malgré tout celles qui restent possibles – et donc praticables – grâce à l’entreprise (un terrain ou du matériel mis à disposition, des vestiaires, des douches, etc.) ou à des structures sportives facilement accessibles à proximité du lieu de travail (comme une piscine). 

On pourra retenir que plus importants contributeurs du développement du sport au travail ne sont pas nécessairement les membres du top management ; le plus souvent, ce sont ces travailleurs ordinaires, ces anonymes du milieu de l’organigramme qui constituent les forces vives du sport.

 
6#
Association sportive d'entreprise

 

Elles naissent souvent d'initiatives locales de quelques salariés passionnés. Petit à petit, le groupe de sportif prend de l'importance et doit se structurer. L'association apparaît alors comme la structure juridique la plus adaptée parce que la plus souple. Il en existerait environ 8 000 en France.

Leur taille, mais aussi leur mode de fonctionnement, n’ont parfois rien à envier à ceux d’une fédération sportive par exemple. Citons l'ASAF (Air France), l'ASBF (Banque de France), l'ASCM (Crédit-Mutuel), l'ASLN (Nestlé), l'ESR (Renault), l'USMT (RATP) ou bien encore l'imposante USCF (SNCF). Créées pour certaines il y a plus d’un siècle, elles peuvent regrouper plusieurs dizaines de milliers d’adhérents – l’association sportive de la SNCF en revendique 80 000.

Ajoutons qu'il existe évidemment nombre d'associations sportives au niveau des collectivités et des administrations. Citons l’ASCMJ, l’association sportive et culturelle du ministère de la Justice, ou l’ASENA, l’association sportive de l’ENA, la célèbre école de formation des élites de l’administration publique. Le cas de l’association touristique sportive et culturelle des administrations financières (ATSCAF) semble enfin représentatif du dynamisme – réel mais malgré tout en déclin – de la fonction publique à cet égard : à ce jour, elle fédère 52 000 adhérents – sur environ 150 000 agents des ministères économiques et financiers.

Photo : Julien Pierre

Photo : Julien Pierre - Steelcase

7#
Événement intra-entreprise

 

Il arrive qu’un ouvrier indien, un cadre japonais et un employé allemand s’affrontent sur un seul et même terrain. Pourtant, rien ne les prédispose à se rencontrer a priori. S’ils se retrouvent, c’est parce qu’ils partagent un intérêt commun pour le sport, qu’ils travaillent pour le compte de la même entreprise et que cette dernière a organisé un challenge regroupant une partie de ses salariés disséminés sur différents sites de production à l’échelle nationale voire internationale.

Ces compétitions sont organisées soit de manière ponctuelle soit, le plus souvent, de façon régulière comme chez Steelcase qui propose à son personnel – « les cols blancs et les cols bleus » comme ils le disent – de s’affronter à l’occasion d’un tournoi de football annuel (cf. ci-dessous). C'est également le cas de Danone avec la "Danoners World Cup", la coupe du monde de football des salariés des différents sites de Danone. Cette modalité de pratique endogène du sport reste l’apanage des grandes entreprises, en particulier des multinationales.

Précisons qu'un des principaux intérêts est ici d’améliorer la communication interne et de renforcer les réseaux relationnels existants.

8#
Stages Incentive / Team building

 

Apparus à la fin des années 1980 et démocratisés au cours des années 2000, les séminaires d’incentive correspondent à l’organisation, en dehors du cadre spatial de l’entreprise, de réunions professionnelles agrémentées d’activités sportives dans un environnement propice à la pratique. La tendance « sports extrêmes » des années 1980 s’estompe au profit d’activités plus ludiques où les risques sont minimisés : parcours d’orientation en forêt, jeux de construction de radeaux ou escalade en milieu protégé.

Le principe de ces stages, dont l'organisation fait l'objet d'un véritable marché (cf. page dédiée aux acteurs), est là aussi assez simple : contraindre, sous une forme ludique, des salariés à coopérer face à un défi, à résoudre des problèmes (énigmes), à travailler en équipe dans un environnement dénué de tous les marqueurs traditionnels du travail. L'idée étant qu'ils puissent réinvestir les expériences (pour ne pas dire les compétences) acquises dès qu'ils retourneront dans leur univers du travail. Reste que l'efficacité probante de ces mise au vert n'a jamais été véritablement prouvée...

Photo : publicité SNCF

9#
Recrutement sportifs haut niveau

 

Florent Manaudou : vous connaissez le nageur. Mais beaucoup moins le caporal. Pourtant, comme 87 autres sportifs de haut niveau, il est embauché par le Ministère de la Défense. Rassurez-vous, ils ne vont pas l'envoyer au front rejoindre les troupes maliennes. Non, lui, il sert les intérêts communicationnels de l'État. De même qu'Alain Bernard n'est pas recruté par la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN) pour réguler la circulation - pourtant, ce serait pratique place de l'Étoile...

Plus sérieusement, entreprises et administrations recrutent, depuis quelques décennies déjà (cf. page sur le paternalisme), des sportifs de haut niveau pour se servir de leur notoriété comme étendard des couleurs de l’entreprise. A titre d'exemple, la SNCF réserve des postes à 27 athlètes.

Ce dispositif fonctionne, depuis 1982, dans le cadre de Conventions d’insertion professionnelle (CIP) : en principe, les sportifs travaillent à mi-temps et sont mis à disposition auprès de leur fédération sportive le reste du temps tout en conservant leur rémunération à plein-temps. Certains sont même détachés à 100 %. L’entreprise qui les accueille bénéficie alors de charges sociales allégées et de subventions de l’État pour compenser l’absence du sportif lors des périodes d’entraînement et de compétition.

 

Photo : affiche 46è Course Croisière EDHEC

10#
Challenges étudiants/entreprises

 

A partir des années 1990 se développent des rencontres sportives réunissant des cadres de grandes entreprises tertiaires et des étudiants des grandes écoles de management et de commerce. Par exemple, l’équipe de rugby d’Andersen affronte régulièrement à cette époque celles du XV d’HEC, de l’ESSEC et de l’ESCP Europe.

De multiples événements sont désormais organisés par les écoles privées comme par les universités. On peut citer, pour ne prendre que ces deux exemples mythiques, le Jump HEC ou encore la Course Croisière EDHEC

Mais un des événements les plus connus qui regroupent entreprises et étudiants d'horizon divers reste le CDMGE : le Challenge du Monde des Grandes Écoles et Universités. Organisée comme toujours au stade Charlety, la dernière édition 2014 a attiré 6 300 étudiants (42 % d’écoles d’ingénieurs, 31 % d’écoles de management et 27 % des universités) ainsi que 700 collaborateurs d’entreprises partenaires. L'idée est certes de jouer (notamment au football) ou alors de s'afronter dans différentes disciplines relatives à l'athlétisme (la FFA est co-organisatrice) mais aussi d'en profiter pour nouer des contacts informels avec de probables futurs employeurs...

 

11#
Événement interentreprises

 

Le principe du sport interentreprises est de permettre à des salariés issus de diverses sociétés – d’un même secteur d’activité, d’une même zone géographique – de s’affronter de manière régulière en adhérant à un championnat fédéral ou de s’adonner à un sport dans le cadre d’un événement ponctuel. C’est le cas du « Challenge Interentreprises contre la Faim » organisé au profit d’Action contre la Faim. En 2013, environ 2 300 salariés ont pris le départ de cette course à pied à Paris.

Ces rencontres ont vocation à développer la communication interne, à encourager la genèse d’un esprit d’équipe ou à renforcer le sentiment d’adhésion des salariés à l’entreprise. Certains organisateurs d’événements le savent bien et proposent des classements spécifiques : les marathon et semi-marathon de Paris organisent un « challenge interentreprises » dédié.

De multiples acteurs se positionnent sur ce créneau de l'événementiel sportif à destination de salariés de différentes entreprises. On en trouve à la fois dans des fédérations (FFSE) mais aussi, évidemment, du côté des agences événementielles : citons Défi Interentreprises Communication et les Corporate Games (organisés par Cameleon Organisations et QYD Consulting).

On n'oubliera pas non plus la tendance majeure actuelle : celle des événements running "BtoB" comme la Run at Work ou encore la B2Run (voir la page actu).

Photo : S. Leduc

 

 

 

12#
Financement CE

 

Outre l’avènement des infrastructures fixes dans l’enceinte de grandes entreprises, la tendance actuelle consiste pour les salariés à se faire rembourser tout ou partie de leur adhésion ou abonnement à un club sportif extérieur à l’entreprise. Le comité d’entreprise peut décider d’octroyer une subvention (souvent plafonnée à une moyenne d’environ 100 € par an et par salarié) permettant au personnel de profiter des joies de la pratique sportive, le plus souvent en dehors de l’entreprise. Ce n’est plus tant la direction qui décide d’encourager la pratique sportive mais davantage les comités d’entreprise (responsables des œuvres sociales dans les entreprises de plus de 50 personnes) qui sont de plus en plus sollicités pour ce type de subventions.

Mais la tendance la plus notable est celle de l'apparition des "coupons sport" (ANCV) et des "chèques sport et bien-être" (Actobi). Tous deux incitent les salariés à faire du sport... mais plutôt (en règle générale), en dehors de l'entreprise. Ce qui ravit certains collaborateurs. Mais agacent certains dirigeants, du mouvement sportif par exemple, qui pensent que ces chèques siphonent les clubs sportifs d'entreprise.

 
 
 

Photo : VoyagesSNCF.com